Histoire du Château de Grand-Rullecourt

Le château fort flamand avec ses tours et ses pignons en pas de moineaux surveille la route d'Avesnes-le-Comte à Lucheux. C'est le fief des Seigneurs de Rullecourt qui firent de généreux dons en terres à l'abbaye du Mont-St-Éloi. Au pied de ces fortifications est passée en novembre 1430 Jeanne d'Arc prisonnière.

En l'année 1464, le roi Louis Xl résidant à Lucheux, après avoir chassé dans la forêt et assisté avec maints seigneurs d'Artois à de brillants tournois, donna, le 14 juin, force exécutoire à l'arrêt du Conseil instituant la poste royale. Grand-Rullecourt à sept kilométres vit passer la première poste.

En 1537, Marie d'Olhain, dame de Grand-Rullecourt, épouse Jacques de Hamel Bellenglise. Leur fille Nicole était dame d'honneur de Marie Stuart. Elle la suivit dans sa captivité, et le jour de son supplice, la reine Lui donna sa croix en diamants.

Dix générations de cette famille vécurent à Grand-Rullecourt. Durant les guerres de religion, Antoine de Hamel, seigneur de Rullecourt fut un des chefs de la Ligue. Il mena une lutte acharnée contre les protestants et fut surnomé le "maréchal de la foi".


Après le siège d'Arras, cher à Cyrano, en 1640, lors du retour de l'Artois à la couronne, Philippe de Hamel de Grand-Rullecourt signa la capitulation de la Ville - circonstance qui lui procura l’honneur d'être le premier gentilhomme de notre province à avoir rendu son hommage au roi Louis XlIl.

Au 18e siècle, dans le livre-journal d'Antoine-Constant de Hamel, seigneur de Grand-Rullecourt: "En 1745, Antoine-Constant de Hamel commença à bâtir son château contigü à l'ancien, ce qui lui coûta la somme de 30 342 livres. Suivant le dessin de sieur Jean-Joseph Watelet, échevin de la ville d'Arras, ami de !a famille".

Fidèle, à travers le temps, à la devise de la Pucelle d'Orléans: " Dieu, premier servi ", le seigneur de Grand-Rullecourt fit bénir la chapelle du château le 22 octobre 1746. Elle était dédiée à la Vierge, la cloche fut baptisée Constance.

Les de Hamel possédaient aussi une chapelle habitée par une Vierge miraculeuse - Notre Dame du Bon Secours - à Boubers-sur-Canche. C'était le lieu de leur caveau familial. La légende raconte que les habitants de Boubers voyaient flotter les voiles des dames de Grand-Rullecourt entre la rivière au fond de la vallée et la chapelle sur la hauteur...

En l'an de grâce 1759, le seigneur de Grand-Rullecourt par lettres patentes du roi Louis XV est fait marquis: " Pour lui et les ainés mâles de ses descendants nés et à naître en légitime mariage, avec la faculté d'en appliquer le nom sur telles de ses terres et fiefs que bon lui semblera et de joindre à ses armes la couronne de marquis".

Dans les " terriers " de 1779, conservés aux archives d'Arras, on peut constater que le plus riche propriétaire du village n'est pas le châtelain mais l'abbaye du Mont-St-Eloi.

La chapelle a dû être transformée en 1787, comme l'atteste une lettre du prieur curé de Warluzel la trouvant "... très décente et fournie de tout ce qui est nécessaire pour y célébrer la sainte messe. "


Pour clore l'histoire de Grand-Rullecourt, sous l'Ancien Régime, nous préciserons que le village et son château dépendaient de la gouvernance d'Arras; ils faisaient partie du baillage d'Hesdin, et suivant la coutume, du diocèse d'Arras, doyenné d'Aubigny, district d'Avesnes-le-Comte.
L'Empire en fera le département du Pas-de-Calais.

Le second marquis, Paul-Joseph de Hamel de Bellenglise, affrontera la tourmente révolutionnaire. Il fut élu maire de Grand-Rullecourt en 1790. L'élection eut lieu dans l'église et réunit 207 votants. Mais devant le danger, il dû fuir à Anvers. Pendant ce temps, sa belle demeure fut mise sous séquestre.

Georges Sangnier dans son livre "Les émigrés du Pas-de-Calais pendant la Révolution", nous conte cette intéressante visite: Au château de Grand-Rullecourt, chez le marquis de Hamel Bellenglise, la garde nationale de Sus-St-Léger saisit quelques armes, et pousse ses investigations dans les caves. Dans l'une d'elles, un trou profond et une corde tendue intriguent la troupe. L'un des fusiliers y descend et se trouve, au fond du puits, en présence du cocher du châtelain, qui déclare préparer sur les ordres du gardien des meubles, Jérôme Beauvois, une cachette pour y mettre du vin! On visite d'autres caves; une muraille de maçonnerie récemment édifiée est mise par terre et un caveau plein de vin apparaît: "On n'a pu contenir la garde en pareille circonstance, il a fallu leur en donner à boire"déclare ingénument le procès-verbal. Pillage général: "...néanmoins il s'en trouve encore à peu près 300 flacons".


On vint l'arrêter à Anvers. Il fut trainé à Arras, pieds nus dans la neige; et emmené à Saint-Omer où après un jugement inique, il fut guillotiné le 23 floréal de l'an IV.

Vendu comme bien national, Grand-Rullecourt fut acheté par le citoyen Servatius qui l'habita de 1795 à 1843. Son fils connut une ascension sociale digne d'un des meilleurs personnages de Balzac! Sous-lieutenant d'infanterie en 1809, capitaine en 1815, colonel en 1832, maréchal de camp en 1844, baron en 1847, général de division en 1851.

Dès 1827, le fils du marquis guillotiné, Antoine Constant, fait valoir ses droits au milliard des émigrés et en 1843 rachète Grand-Rullecourt, adjugé trois ans plus tard en vente publique. Voici la description parue dans " l'Abeille de la Ternoise " du 21 novembre 1846, avant la vente aux enchères: " Le vaste et beau château de Grand-Rullecourt..., est construit sur de très belles caves, la maçonnerie est en grès piqué, jusqu'à hauteur d'appuis de fenêtres ".

La propriété, fut acquise par M. Calluaud, receveur général des impôts. Sur les frontons défigurés par le martelage des armoiries des du Hamel pendant la Révolution, il fit sculpter les siennes et celles de son épouse, Mlle Duchesne de la Motte, sur la façade côté parc et sur la façade côté village, on voit toujours leurs initiales: CD.

Leur fils, député de la Somme, mourut à Bordeaux pendant le siège de Paris en 1871. Sa fille épousa Alphonse du Croquet de Saveuse. Mlle du Croquet de Saveuse épousa le comte Wallerand de Hautecloque (oncle du maréchal Leclerc de Hautecloque), tué le premier jour de la guerre 1914, ainsi que son fils Bernard. La comtesse de Hautecloque vendit Grand-Rullecourt à MM. Sierens et Van Celebroeck qui exploitèrent le bois et installèrent une scierie devant le château. Lorsqu'ils eurent vendu tous les arbres centenai res du parc pour faire des avions, comme nous le précise l'affiche de l'époque, ces Messieurs revendirent la propriété à Maître Voisin.

Le 7 décembre 1939, le roi d'Angleterre, Georges Vl, selon un message de guerre qui passa à la radio pour annoncer sa visite "quelque part en France" afin de rencontrer ses troupes sur le front, s'arrêta à Grand-Rullecourt vers 11 h 30 sur la place pour passer en revue un groupe motorisé stationné dans le village depuis quelques jours. Ensuite, il s'en est allé déjeuner au château du Cauroy en compagnie de Sir Chamberlain.

Loué à des colonies de vacances depuis, le château était laissé inhabité. La fille de Maître Voisin, Mme Buneau, vendit le château à Patrice et Chantal de Saulieu et leurs enfants le 24 décembre 1987.

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